Le meilleur moment pour observer un gorille de l’Ouest au Cameroun n’est pas seulement une question de chance : tout dépend de l’heure… et de la saison des fruits. Grâce au suivi pendant un an d’un groupe de 12 individus dans le parc national de Campo Ma’an, une équipe internationale de scientifiques, dont France Anougue, doctorante, et Shelly Masi primatologue au Muséum, révèle les habitudes quotidiennes et saisonnières de ces grands primates. Des connaissances essentielles pour concilier écotourisme et protection d’une espèce parmi les plus menacées au monde.

Vers un écotourisme sur deux saisons ?
Les gorilles font ainsi preuve de flexibilité dans leurs comportements et s’adaptent aux conditions changeantes de leur environnement. « Quand il s’agit d’aller chercher de nouveaux arbres pleins de fruits, on a l’impression qu’ils ont une carte dans la tête », s’exclame France Anougue. Grâce à ces résultats, les scientifiques sont ainsi en mesure de fournir des informations pratiques pour planifier l’écotourisme. « Il faut privilégier l’heure des repas pour permettre aux gorilles de se reposer vraiment (sans stress), conseille Shelly Masi. La saison où les fruits sont très disponibles semble aussi intéressante car les gorilles seraient plus faciles à repérer étant donné leurs moindres déplacements et leurs traces plus aisées à suivre. Mais l’accès aux forêts marécageuses est alors difficile. »
La solution ? Proposer des activités d’écotourisme sur deux saisons : des visites en petits comités avec des personnes motivées, pendant la haute saison des fruits ; et un tourisme plus généralisé pendant les périodes de disponibilités modérée, lorsque les sentiers et les traces des primates sont plus facilement accessibles. « Étant donné que les gorilles de l’Ouest sont plus difficiles à localiser et à observer pendant la basse saison des fruits, le meilleur moment pour observer les gorilles pourrait donc être pendant la saison intermédiaire (mai, juin, novembre, décembre). L’important est de préserver la tranquillité des gorilles tout en s’assurant que les touristes soient satisfaits », insiste Shelly Masi. Pour la chercheuse, la stabilité politique du Cameroun est un atout pour développer un écotourisme durable qui profitera autant à l’économie du pays qu’à la protection des grands primates menacés.
En savoir plus sur la primatologie

Doctorante en biologie,
Concordia University, Canada

Primatologue au Muséum national d’Histoire naturelle
(Éco-anthropologie – UMR 7206)